© Kamel Mennour Gallery
Cibles / Targets du 01 Juin au 22 Juillet 2023
Galerie Kamel Mennour
47 rue Saint André des Arts
75006 Paris
https://mennour.com
ROGER BALLEN, ALFRED COURMES, SONIA DELAUNAY, MARC DESGRANDCHAMPS, MARCEL DUCHAMP, PAUL ÉLUARD, MICHEL FRANÇOIS, GILGIAN GELZER, BERTRAND LAVIER, MARYAN, FRANÇOIS MORELLET, GEORGES NOËL, KENNETH NOLAND, GINA PANE, PABLO PICASSO, MAN RAY, MARTIAL RAYSSE, UGO RONDINONE, NIKI DE SAINT PHALLE, FRANCK SCURTI, AGNÈS THURNAUER
Rien de plus facile à définir qu’une cible : un cercle d’anneaux de couleurs pour des exercices de tir. Pourquoi consacrer une exposition à cette forme simple ? Pour montrer combien elle peut accueillir de significations diverses et parfois complexes. Le but n’est donc pas de procéder un inventaire exhaustif, mais de donner à voir comment un thème que l’on croirait pauvre peut susciter bien des variations.
Une cible, évidemment, c’est ce que vise l’archer, le sniper ou le peloton d’exécution. L’idée de l’exposition est née devant le Personnage de Maryan qui tient devant lui une cible. La toile est autobiographique puisque Maryan survécut par hasard à la balle que tira sur lui un soldat nazi saoul. La cible est ici signe de mort. Alfred Courmes est aussi explicite : un Saint Sébastien adolescent au ventre percé de flèches, un archer félicité par sa femme pour son adresse meurtrière. Man Ray, lui aussi, tire à l’arc, mais ce n’est pas pour tuer. La cible de Georges Noël est bien plus inquiétante.
Une cible, ce peut être, à l’inverse, le signe du désir amoureux qui frappe au cœur. Martial Raysse le symbolise par une danseuse nue et armée. Le Not Yet d’Agnès Thurnauer est plus ironique puisque le but, quel qu’il soit, n’a pas encore été atteint si l’on en croit ce qui est écrit. Quant à la cible que portent dans le dos les jeunes gens de Marc Desgrandchamps, sans doute est-elle d’abord une allusion aux Who et leur batteur Keith Moon, qui mit à la mode le tee-shirt ainsi orné dans les années 1960. Mais rien n’interdit de l’interpréter de façon plus romanesque.
Une cible, regardée du point de vue de l’histoire de l’art, est une abstraction géométrique faite de cercles, par opposition à celle qui cultive l’angle droit. Celle-ci, l’orthogonale, est ordre et stabilité. La circulaire est mouvement et trouble. Ainsi en est-il depuis les Rythmes de Sonia et Robert Delaunay. Les Rotoreliefs de Marcel Duchamp créent des effets d’optique qui dérangent la perception, ce qu’obtient, d’une autre façon, François Morellet.
À un élément de mobilier, il suffit à Franck Scurti d’ajouter une sphère peinte de cercles concentriques bleus pour que naissent profil et œil : encore une illusion visuelle. Gina Pane segmente et disperse cercles et courbes. On songe à la diffusion des ondes et à la gravitation des planètes autour d’un soleil central. De celui-ci, Pablo Picasso saisit la puissance d’attraction et d’aveuglement en quelques orbes et une tache noire. Les œuvres de Kenneth Noland, Bertrand Lavier et Ugo Rondinone sont-elles des abstractions ou des cosmogonies ? Ou les deux à la fois ? Celle de Gelzer une abstraction ou une chorégraphie ? Encore ne s’agit-il là que de quelques variations. En voici une autre encore. Quand il enferme les rayons des marcassites, ces soleils de fer cristallisé, dans des enroulements de papier, Michel François fait apparaître un ouroboros, ce serpent mythique commun à tant de religions anciennes qui dessine un cercle : une ligne sans fin, comme ce sujet.
— Philippe Dagen, commissaire de l’exposition.