© Martin Boyce - Unhome - Esther Schipper Gallery - Paris



Martin Boyce - Unhome -  du 23 mai au 26 juillet 2025

Esther Schipper Gallery
16 place Vendôme
75001 Paris


www.estherschipper.com

Esther Schipper a le plaisir de présenter Unhome, la deuxième exposition personnelle de Martin Boyce à la galerie et la première dans notre espace parisien. Elle s’inscrit dans le cadre de deux expositions simultanées du travail de Boyce à l’occasion du Paris Gallery Weekend, la seconde, intitulée Walk with Me, étant accueillie par la Galerie Natalie Seroussi.

Dans Unhome, Boyce invite le spectateur à repenser les frontières entre l’intime et le domestique, instaurant une atmosphère de trouble et d’incertitude dans notre perception des espaces familiers. Au sein de notre galerie située Place Vendôme, il dévoile un ensemble de nouvelles sculptures et œuvres photographiques réunies dans une installation immersive oscillant entre délabrement et renouveau, offrant une méditation sensible sur le passage du temps.

Martin Boyce a retravaillé et reformulé des objets issus de l’environnement bâti, développant son propre langage pictural à partir d’une lecture des histoires formelles et conceptuelles des arts appliqués et décoratifs, de l’architecture et de l’urbanisme. Ses œuvres rendent hommage à ces traditions tout en les déconstruisant ou les réinterprétant. L’utilisation d’éléments et de matériaux inattendus, libérés de leur fonction de démarcation ou de contrainte, donne naissance à des sculptures étrangement émouvantes.

Dans la salle principale, sur la droite en entrant, une installation sculpturale transforme l’espace, assombri par des filtres gris sur les fenêtres et un rideau constitué de filet à gravats. Un grand lustre, composé de 90 modules en verre soufflé rose, est suspendu à une structure en acier noir. La forme du lustre, avec ses chaînes métalliques évoquant des tentacules, peut rappeler des créatures marines, tandis que sa structure effilée rappelle des pattes d’araignée. La juxtaposition du verre fragile et délicatement teinté et de l’acier industriel génère également un sentiment de déplacement, comme si le lustre était présenté dans un état de construction ou de rénovation.

La forme du lustre s’inspire d’un design des années 1960 de Carlo Scarpa, tandis que la structure métallique fait écho au célèbre Porte-bouteilles (1914) de Marcel Duchamp. Les modules en verre – réalisés par le Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts Plastiques (CIRVA) à Marseille – empruntent la forme d’un élément des Arbres en béton de Jan et Joël Martel, créés pour l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris. Ces formes sont une source récurrente dans le vocabulaire formel de Boyce depuis 2005.

Non loin, une sculpture délicate fait face à une cheminée surmontée d’un miroir. Do Not Look Away (2025) consiste en une feuille de laiton pliée évoquant la forme d’un masque, montée sur un présentoir. Sa surface polie, gravée et encrée de lettres stylisées, affiche le titre de l’œuvre en miroir, lisible seulement dans le reflet. Cette typographie est une évolution d’une police créée par Boyce en 2006 dans le cadre de ses recherches sur les frères Martel. Depuis la fin des années 1990, le masque constitue un motif récurrent dans la pratique de Boyce.

Deux sculptures en laiton, fixées au mur à hauteur de main, prennent la forme de poignées de porte : Out of This Day est ornée d’un disque métallique jaune perforé, évoquant un motif solaire, et Into This Night est surmontée d’un disque lunaire blanc patiné. Reliées par des chaînes rappelant les branches d’un saule pleureur, ces sculptures forment des compositions mobiles, semblables à des paysages stylisés où nature et industrie s’entrelacent.

De la même manière, l’installation Somewhere There Are Trees mêle nature et artifice, invitant implicitement le monde extérieur à pénétrer dans la galerie grâce à la présence de feuilles en papier enduites de cire, qui, comme poussées par la brise, s’accumulent dans les recoins de l’espace d’exposition.

Aux murs, trois œuvres réalisées en 2025 – Dead Stars, Last Snows, et End Papers – fusionnent sculpture, typographie et références architecturales. Chacune se compose d’un panneau de bois (respectivement noir, rouge et bleu), percé de trous espacés, sur lequel sont fixées des lettres en acier poli formant le titre, ainsi qu’une estampe réalisée à partir de ce panneau. Montés dans un cadre en acier, les ensembles évoquent la tradition de la gravure sur bois, les lettres en acier rendant le panneau inutilisable pour d’autres impressions, chaque tirage étant ainsi présenté comme le dernier.

Discrètement placées au bas de deux murs, une paire de grilles d’aération porte des lettres découpées formant les mots Other et Rooms. L’œuvre suggère ce qui se trouve hors de vue, ce qui demeure caché – ici, d’hypothétiques conduits d’air imaginaires derrière les murs, connectant théoriquement les deux grilles. Boyce intègre souvent dans ses œuvres des éléments du quotidien tels que prises électriques ou grilles d’aération, des objets dont la banalité fonctionnelle tend à les rendre invisibles.

Dans la seconde partie de l’exposition, Boyce présente une nouvelle série photographique créée spécialement pour cette occasion. Des images de poignées de porte provenant de sa propre maison à Glasgow sont agencées en quatre diptyques : deux photographies de chaque côté d’une même porte, chacune présentant une poignée différente. Reliées mécaniquement mais jamais vues ensemble, les poignées forment à la fois une entité unique et deux éléments distincts : l’un tourné vers l’intérieur, l’autre vers l’extérieur. La porte, issue d’une maison construite vers 1908, porte en elle un siècle de présence humaine. Cette série s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’inquiétante étrangeté : la maison familière devient le théâtre d’une étrangeté diffuse, perceptible dans les objets du quotidien qui, isolés, révèlent leur pouvoir symbolique.

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